Qu’appelle-t-on une « fake injectrice » ?
L’expression « fake injector » est utilisée pour désigner une personne réalisant des injections esthétiques sans disposer du cadre légal et professionnel nécessaire.
Il peut s’agir de personnes sans qualification médicale, d’esthéticiens proposant des injections en dehors de leurs compétences, ou plus largement de personnes exerçant une activité d’injection esthétique illégale.
Une formation privée, même présentée comme une « certification en injections », ne crée pas à elle seule un droit légal à injecter.
En France, la pratique d’injections à visée esthétique par des esthéticiens et des non-professionnels de santé est illégale.
Pourquoi ces injections sont-elles encadrées ?
Une injection n’est pas un simple geste cosmétique. Elle provoque une effraction de la peau et peut mettre en jeu des structures anatomiques particulièrement sensibles : vaisseaux, nerfs, muscles et tissus profonds.
Depuis 2024, la délivrance des dispositifs et produits injectables contenant de l’acide hyaluronique est également soumise à des règles spécifiques visant à limiter leur accès hors cadre médical.
Cette réglementation ne repose pas uniquement sur la qualification de l’injecteur : elle concerne également l’accès au produit, sa traçabilité et les conditions dans lesquelles il est utilisé.
Quels éléments doivent alerter ?
Aucun signe pris isolément ne suffit forcément à conclure à une pratique illégale. En revanche, plusieurs éléments doivent inciter à vérifier précisément l’identité et la qualification de la personne qui propose l’injection.
- Impossible de vérifier clairement l’identité du praticien ou son statut professionnel.
- Absence de numéro RPPS ou de possibilité de vérifier l’inscription professionnelle lorsqu’elle est requise.
- Injections proposées dans un appartement, un hôtel, un salon de beauté ou lors d’événements privés.
- Communication presque exclusivement réalisée sur Instagram, Snapchat ou TikTok, sans informations professionnelles vérifiables.
- Tarifs très bas ou promotions agressives destinées à provoquer une décision rapide.
- Absence d’information sur le produit injecté, sa marque, son lot ou sa provenance.
- Absence d’entretien préalable, de recherche de contre-indications ou d’explication des risques.
- Aucun dispositif clair permettant de contacter le praticien en cas de complication.
Comment vérifier qui va réellement vous injecter ?
Avant une injection esthétique, il est raisonnable de vérifier l’identité du professionnel plutôt que de se fier uniquement à un compte sur les réseaux sociaux.
Le numéro RPPS permet notamment d’identifier les professionnels de santé enregistrés dans le répertoire national.
Pour un médecin, il est également possible de vérifier son inscription auprès de l’Ordre des médecins.
Un grand nombre d’abonnés, des photos spectaculaires ou une formation affichée sur Instagram ne constituent pas une preuve de qualification médicale.
Le produit injecté compte autant que le geste
Lorsqu’un produit injectable est utilisé dans un cadre médical, sa provenance et son identification doivent pouvoir être établies.
Dans les circuits illégaux, plusieurs difficultés peuvent apparaître :
- produit acheté hors circuit habituel ;
- contrefaçon possible ;
- conditions de stockage inconnues ;
- étiquetage incomplet ;
- absence de numéro de lot identifiable ;
- nature exacte du produit impossible à confirmer.
Cette absence d’information devient particulièrement problématique lorsqu’une complication survient, car le médecin qui prend ensuite en charge le patient doit parfois agir sans connaître précisément ce qui a été injecté.
Les complications ne sont pas seulement esthétiques
Certaines complications sont relativement limitées et peuvent survenir même dans un cadre médical : hématome, gonflement, douleur transitoire ou asymétrie.
D’autres sont beaucoup plus préoccupantes.
- infection ;
- abcès ;
- réaction inflammatoire ;
- nodules ou granulomes ;
- œdème persistant ;
- irrégularités ou migration du produit ;
- nécrose cutanée liée à une atteinte vasculaire.
Le risque le plus redouté : l’occlusion vasculaire
Lorsqu’un produit injectable pénètre accidentellement dans un vaisseau ou compromet son fonctionnement, la circulation sanguine d’une zone peut être interrompue.
Cette complication peut entraîner une souffrance tissulaire puis une nécrose si elle n’est pas reconnue et prise en charge rapidement.
Certaines zones du visage possèdent également des communications vasculaires avec la circulation de l’œil. Des complications visuelles graves, bien que rares, ont été décrites après injections de fillers.
Une douleur inhabituelle importante, un blanchiment brutal, une peau qui devient violacée ou marbrée, ou l’apparition d’un trouble visuel après une injection doivent être considérés comme des signes d’alerte.
Pourquoi parle-t-on souvent d’hyaluronidase ?
Lorsqu’une complication vasculaire est liée à un produit à base d’acide hyaluronique, l’hyaluronidase peut être utilisée afin de dégrader rapidement l’acide hyaluronique injecté.
Son utilisation en situation de complication nécessite une évaluation médicale rapide et une connaissance du produit, de l’anatomie et des protocoles de prise en charge.
C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles la capacité à gérer une complication est aussi importante que la capacité à réaliser l’injection elle-même.
Quels signes après une injection nécessitent une réaction rapide ?
Certains symptômes peuvent justifier une évaluation médicale urgente :
- douleur importante ou croissante, surtout lorsqu’elle paraît disproportionnée ;
- blanchiment inhabituel de la peau ;
- apparition de marbrures ou d’une coloration violacée ;
- peau froide ou modification inhabituelle de sa sensibilité ;
- gonflement très important ou rapidement progressif ;
- rougeur chaude, fièvre ou signes pouvant évoquer une infection ;
- trouble visuel, baisse de vision, vision double ou douleur oculaire.
Que faire en cas de complication ?
En présence de signes inquiétants, il ne faut pas attendre plusieurs jours pour voir si la situation s’améliore spontanément.
Il est important de contacter rapidement un médecin capable d’évaluer une complication liée à une injection esthétique.
En présence d’un trouble visuel, d’un déficit neurologique, d’une douleur importante associée à une modification de couleur de la peau, ou de tout symptôme potentiellement grave, une prise en charge urgente est nécessaire.
Selon la situation, cela peut nécessiter un recours aux urgences hospitalières ou à une filière spécialisée.
Et si l’on ne sait pas exactement quel produit a été injecté ?
C’est une difficulté fréquente après une injection réalisée hors circuit médical.
Le patient peut ne disposer ni du nom exact du produit, ni du lot, ni de la quantité utilisée, ni parfois même de la certitude qu’il s’agissait réellement d’acide hyaluronique.
Cette absence de traçabilité peut compliquer l’évaluation et le choix du traitement approprié.
Elle ne doit toutefois pas empêcher de consulter lorsqu’une complication est suspectée.
Un résultat esthétique raté n’est pas forcément une urgence
Il faut distinguer une véritable complication médicale d’un résultat simplement insatisfaisant : lèvres trop volumineuses, asymétrie, irrégularité ou résultat jugé peu naturel.
En l’absence de douleur importante, de signes cutanés inquiétants ou de symptômes généraux, une réévaluation peut généralement être organisée de manière non urgente.
Lorsqu’il s’agit réellement d’acide hyaluronique, une correction par hyaluronidase peut parfois être envisagée, mais elle doit elle-même faire l’objet d’une indication médicale.
Peut-on signaler une injection illégale ?
Oui. Selon la situation, plusieurs démarches peuvent être envisagées.
- effectuer un signalement auprès des autorités sanitaires ;
- déclarer un événement indésirable sur le portail officiel de signalement ;
- signaler une situation à l’Agence régionale de santé ;
- déposer plainte lorsqu’une infraction ou un préjudice est suspecté ;
- conserver les échanges, factures, photographies, noms de produits et emballages disponibles.
En cas de préjudice, un constat médical peut également permettre de documenter objectivement la situation.
Comment réduire le risque avant une injection ?
Le risque zéro n’existe pas, même lorsque l’acte est correctement réalisé. En revanche, plusieurs éléments permettent de réduire les risques évitables.
- vérifier l’identité et la qualification du praticien ;
- privilégier un lieu de soins identifiable et adapté à la pratique médicale ;
- avoir une consultation ou un entretien médical préalable ;
- signaler ses traitements, allergies et antécédents ;
- connaître le nom du produit injecté ;
- pouvoir bénéficier d’une traçabilité du produit ;
- recevoir une information sur les bénéfices, les limites et les complications possibles ;
- savoir qui contacter après l’acte en cas de problème.
Au cabinet : priorité à l’indication, la traçabilité et le suivi
Au cabinet du Dr Bénédicte Haguenauer, les injections esthétiques sont précédées d’une évaluation médicale afin de déterminer si l’acte est réellement indiqué.
Les produits utilisés sont identifiés et traçables, et la prise en charge inclut les informations nécessaires concernant les suites et la conduite à tenir en cas de réaction inhabituelle.
L’objectif n’est pas seulement d’obtenir un résultat esthétique : la sécurité et la possibilité d’assurer le suivi font partie intégrante de l’acte.
Comprendre notre approche de la médecine esthétique →Questions fréquentes
Une esthéticienne peut-elle injecter de l’acide hyaluronique ?
Non. En France, les actes d’injection esthétique par des esthéticiens ou des non-professionnels de santé ne sont pas autorisés.
Une formation privée permet-elle de devenir injecteur ?
Non. Une formation commerciale ou privée ne crée pas à elle seule une habilitation légale à pratiquer des injections esthétiques.
Comment vérifier qu’un médecin existe réellement ?
Il est possible de vérifier son identité professionnelle grâce au répertoire RPPS et à l’annuaire de l’Ordre des médecins.
Une douleur importante après une injection est-elle normale ?
Une gêne légère ou une sensibilité peuvent survenir après une injection. En revanche, une douleur importante ou croissante, notamment associée à une modification de la couleur de la peau, doit faire rechercher rapidement une complication vasculaire.
Que faire si ma vision change après une injection ?
Un trouble visuel apparaissant pendant ou après une injection doit être considéré comme une urgence médicale. Une prise en charge immédiate doit être recherchée.
Peut-on dissoudre une injection ratée ?
Lorsqu’un produit est bien de l’acide hyaluronique, l’hyaluronidase peut permettre de le dégrader. Elle ne fonctionne pas sur tous les produits injectables et son utilisation doit être médicalement évaluée.
